La psychiatrie occupe une place à part dans le domaine de la santé. Elle interroge, inquiète, déstabilise.
Organisation
« Il n’y a pas de santé mentale sans santé mentale. »
Bruno travaille depuis 30 ans sur les questions qui lient la santé mentale aux lieux dans lesquels elle est traitée. Directement connectée à la société et donc en évolution constante, la psychiatrie a besoin d’un cadre qui l’accompagne dans ses changements.
Coprésident de la commission architecture et psychiatrie au sein de l’UAFS* pendant plus de deux années, membre fondateur du GACAP** à destination des professionnels de santé, il est à l’écoute des évolutions de la prise en charge et contribue activement à la réflexion sur l’élaboration de lieux qui accompagnent efficacement les soignants dans leur quotidien, pour le bien-être des gens qui souffrent.
*Union des architectes francophones en santé
**Groupement d’appui et de conseils en architecture psychiatrique
« L’architecture est rassérénante et curative.»
Pour Pierre l’architecture a toujours été une question de bien-être. À l’origine de sa vocation : des étés passés dans la villa familiale, des souvenirs d’une sérénité propre à l’enfance peut-être, mais indissociable pour lui du lieu et des espaces habités. Pierre trouve, au plus haut degré, dans les projets de santé mentale, cette vocation première de l’architecture : participer à vivre mieux. Il souhaite permettre tant aux résidents qu’au personnel de s’approprier leur espace. Ici les projets ne sont pas figés et laissent une part de possible. Prendre soin de mettre le programme au service des « gens qui vont y vivre » et non l’inverse…
« Une architecture d’abord au service de l’humain.»
À 10 ans, quand Lucie jouait aux Sims, c’était surtout pour créer des maisons. 10 ans plus tard, lors de ses études d’architecture c’est loin de ce monde virtuel qu’elle découvrira les enjeux du logement social en tant que bénévole. Une expérience qui oriente définitivement sa pratique autour du « soin » à apporter à tout usager d’un bâtiment. Elle trouve dans la santé mentale un domaine où elle peut exercer son approche humaniste de l’architecture : construire pour les gens qui souffrent et ceux qui les soignent.
« Une approche obligatoirement collaborative. »
Aider son père à faire des relevés dès l’âge de 10 ans a peut-être orienté les choix de carrière de Lidia… Après l’école polytechnique de Lodz, elle travaille avec des architectes de renom comme Eduardo Souto de Moura (Prix Pritzker de l’architecture en 2011). En 2016, elle découvre la santé mentale avec Bruno Laudat. Elle est immédiatement touchée par la primauté donnée à la personne, développée à travers une approche collaborative qui intègre le rapport à la nature comme facteur d’amélioration du bien-être psychique.
« Le cadre géostructurel modifie les comportements.»
Après avoir obtenu son diplôme d’architecte en Syrie, Zead intègre l’INSA de Lyon pour une spécialisation en urbanisme et aménagement. Il découvre la santé mentale dans l’agence AAGROUP de Paris et réalise qu’il ne s’agit pas seulement de bâtir ou d’agencer des espaces mais de concevoir des lieux porteurs de sens. Ici, chaque décision architecturale concernant la composition, la lumière, les couleurs, les matériaux, influence les émotions, la sérénité et le confort des personnes.
Présentation
1/ L’architecture du soin
Les gens qui souffrent de ces troubles sont bien souvent ostracisés. L’architecture de ses lieux de soins doit tenir compte de ces spécificités, et ne doit pas être abordée comme les autres projets hospitaliers : l’empathie remplace la technologie, l’humanité supplante la logique, la sensualité prend le pas sur la performance. Ce devrait être vrai pour toutes les architectures. Mais cela revêt un caractère particulier dans ce domaine, en ceci qu’elle engage la vie des patients, la pratique des soignants et la conscience des concepteurs. Les effets d’une bonne ou d’une mauvaise architecture, c’est-à-dire d’une architecture adaptée ou non, sont immédiats et irréversibles. Elle participe du soin ou le rend inefficace.
Chaque projet est différent par son contexte, sa taille, la nature des soins qu’il convoque, les gens qu’il va devoir prendre en charge, ceux qui vont devoir les soigner. C’est un véritable laboratoire d’architecture qui éloigne toute lassitude, tout risque de redite, toute envie de créer des modèles obsolètes par nature.
C’est pour cela que, depuis 20 ans nous renouvelons nos propositions à chaque nouveau sujet, et que nous nous enrichissons des échanges avec les professionnels et les patients, pour proposer des projets au plus près de leurs attentes.
« L’architecture est faite pour calmer la mélancolie.»
_ Philibert Delorme
Architecte français (1514-1570)
2/ Les grands ensembles psychiatriques
Une architecture spécifique par pathologie n’aurait aucun sens.
Les hôpitaux psychiatriques actuellement en fonctionnement ne sont pas un obstacle à l’évolution de la prise en charge en santé mentale. Leur classement définitif et irrévocable en tant que point d’ancrage d’une situation archaïque devenue obsolète ne sert pas une stratégie de remise en cause et de développement. L’analyse de leur statut, le diagnostic technique de leurs structures, l’étude de leur rapport à la ville doivent déterminer le meilleur scénario d’évolution entre la conservation, la restructuration, la démolition ou l’abandon.
À partir de là, plutôt que de les considérer comme un mur infranchissable au pied duquel le cheval de la modernisation psychiatrique va piétiner éternellement, mieux vaut les considérer, selon les options retenues, comme des laboratoires d’expérimentations spatiales, des sources de revenus fonciers ou des tremplins vers un avenir plus serein.
3/ Psychiatrie adulte
Plus un établissement est fermé, plus on doit s’y déplacer librement.
Il serait vain et néfaste d’imaginer des modèles d’architecture psychiatrique, que ce soit en fonction des pathologies ou selon d’autres critères, tant l’importance de la diversité et l’inscription dans le contexte sont importantes.
« Un espace universel déqualifie et banalise le corps, un espace totalitaire le met au pas et l’aliène en les assujettissant, un espace d’accueil de la dimension du corps gratifie l’homme et lui permet d’être lui-même. » Henri Maldiney, philosophe (1912 / 2013), a nourri sa réflexion de la psychiatrie comme lieu d’expression de l’humain.
4/ Psychiatrie sans consentement
Plus un établissement est fermé, plus on doit s’y déplacer librement.
« Il s’agit de créer, dans un contexte de groupe, des espaces un peu vivables qui ne soient pas bombardés par l’oppression, la ségrégation, les habitudes de pensées : des espaces un peu libres où la parole rendue possible favoriserait un processus de désaliénation au cœur même des organismes les plus aliénés. » Docteur Jean Oury, psychiatre (1924 / 2014), figure de la psychiatrie institutionnelle, fondateur de la clinique de La Borde (1953).
5/ Pédopsychiatrie
Une architecture adaptée est tout aussi bénéfique pour les enfants que pour les adultes.
Si la prise en charge des enfants et des adolescents diffère de celle des adultes, l’architecture des lieux dans lesquels elles s’exercent ne fait pas appel à des concepts fondamentalement différents. Le morcellement, la fragmentation, la dilatation sont des outils qui façonnent la spécificité psychiatrique dans son ensemble. La richesse des cheminements qui en découle constitue une réponse architecturale à l’état de crise. Et l’approche urbaine de l’organisation des services qui les transforment en miniature du monde favorise les premiers pas vers le recouvrement de l’autonomie, de la dignité, et enfin de la liberté. En cela, les objectifs sont les mêmes.
6/ Psychiatrie Médico-sociale
L’architecture psychiatrique médico-sociale doit faire preuve d’une grande empathie.
La psychiatrie a bien perçu que l’architecture participait à l’accompagnement thérapeutique.
Le secteur médico-social a intégré qu’elle aide à construire l’éducation, le soin, l’accompagnement quotidien, en incitant éducateurs, soignants, accompagnateurs, personnes accompagnées, à mieux conceptualiser les représentations non pas des seuls locaux, mais aussi et surtout de leurs métiers et de leurs actions interactives.
Réalisations associées